L’artiste

Jacques PiqueryJacques Piquery

Ce n’est pas en changeant le nom d’une rue qu’on la fait aller ailleurs. De même pour la peinture: les changements d' »isme » – fauvisme, cubisme, impressionisme – ne sont que différents noms d’une même voie.
Jacques Piquery, Janvier 1989

Voilà un artiste qui ne s’est jamais assujetti aux normes ni à la tradition. Son talent, il est allé le chercher au fond de lui-même en se confrontant aux aléas de la jeunesse, en cherchant passionnément à s’exprimer, ne serait-ce qu’en pratiquant la fresque sur trottoir, et enfin en empruntant, non pas la sagesse, mais la voie étonnante et riche de la création personnelle et spirituelle. Vraiment belle est la peinture de Jacques PIQUERY : par sa sérénité expressive, tout d’abord. Par la vigueur, la vitalité de la touche ensuite, une puissance pleine de générosité qui accède à transcender, magnifier la réalité pour mieux faire découvrir l’âme du modèle, l’esprit du motif au gré d’un gestuel sinueux et dynamique qu’activent la maîtrise des couleurs et la volupté chaleureuse des effets, qu’il s’agisse de corps ou de visages révélateurs ou d’un environnement puissant. Jacques PIQUERY possède un don tout particulier: par sa science des masses et des couleurs, il rend sensuels tout aussi bien un joli nu, ce qui parait naturel, mais également tout un environnement ainsi humanisé avec le faste que peut déclencher l’harmonie et l’impact de la composition. Quel artiste stimulant et d’une générosité qui enthousiasme la peinture !

André RUELLAN, critique d’art (www.art-culture-france.com)


Rester assez disponible pour réussir à trouver dans la grandeur d’une journée l’étincelle de la vie qui est Art.
Jacques Piquery, Mai 1989

Aujourd’hui, Jacques Piquery, peintre et potier, vit depuis plus de 40 à Flamanville. Ses deux ateliers sont installés dans une dépendance de sa maison.
« Je suis potier le matin et peintre l’après-midi », indique en préambule l’artiste flamanvillais. L’ordre chronologique de travail est inspiré par la lumière, qui inonde le matin la dépendance voisine de quelques mètres de la maison. L’homme ressemble à un grand-père de contes pour enfants, barbe blanche et regard malicieux. Voilà trente ans qu’il a quitté Caen pour s’installer avec femme et enfants dans ce hameau alors presque désert, la Vallée. « J’ai tout de suite imaginé l’emplacement des ateliers dans la dépendance, le tour de potier en bas, devant la fenêtre, et l’atelier de peinture à l’étage ». Rejoindre ce dernier se mérite, et peu de chanceux y montent : il faut emprunter une échelle de bois, baisser la tête, se glisser entre les toiles, environ 800, et enfin atteindre le chevalet de peinture.

« Je peins dans le silence. L’art est une introspection, une respiration. J’ai appris à vivre en peignant. Je cherche toujours, mais quoi ? ». Ses toiles représentent des nus, des autoportraits, des intérieurs (sa propre maison) lorsque le froid est trop vif, et quelques paysages : « Le sujet est le prétexte pour peindre, le point de départ. C’est la matière qui compte ». L’artiste s’est mis à la poterie en arrivant à La Vallée, pour pouvoir vivre. Après un stage avec Pierre Lebigre, la construction d’un four et l’achat d’un tour, Jacques Piquery a commencé à façonner des pots, des lampes et autres fontaines. Tous ces objets sont exposés, ainsi qu’une sélection de toiles, dans une galerie ouverte au public, aménagée avec charme dans le prolongement de la maison.

Ouest-France,  27/08/2008


La permanence des thèmes abordés par Jacques Piquery, sa famille, ses amis, le chemin bordant sa maison et pas un autre, montre que l’essentiel est ailleurs. Dans l’acte de peindre lui-même. Les sujets de Piquery sont toujours immobiles et perdent ainsi, pour eux-mêmes et pour le peintre, le sentiment de modèle pour ne plus être qu’une image figée devant l’éternité, dénuée de l’anecdote. « J’essaye d’élaguer » dit Piquery. Dans cette démarche abstraite, le sujet demeure indispensable car il suscite « envie de peindre mais il s’efface, ensuite, devant la peinture : « forme, couleur et harmonie », trilogie célébrée par Georges Rouault. La grandeur de ses tableaux réside dans la résurgence a posteriori de l’être dans cet assemblage de couleurs et de traits. Les personnages de Jacques Piquery ne lèvent pas les yeux si ce n’est, quelquefois, pour recevoir comme une offrande, la lumière céleste. La peinture alors s’en ressent dans sa vie spirituelle propre et respire d’une intense puissance interne.
Peindre encore. Pour ne rien laisser en lui d’inexploré. Ce qu’il laissera à la postérité lui importe peu. Sa récompense est dans son effort même.

Jérôme Anquetil


Quand la durée devient espace et l’instant éternité : la toile est bonne.
Jacques Piquery, Septembre 1990

D’abord, il faut trouver le hameau. Un hameau, enfin, trois ou quatre maisons à dire vrai.
Le calme, la nature, j’allais écrire qu’il n’y passe pas un chat mais voyez-vous justement ce
serait plutôt la population animale qui emprunte (empreinte ?) le plus la petite route, les chats,
les chiens… Bien sûr, viennent aussi les amis, les curieux, les passionnés. On pousse un portail de bois
et Jacques Piquery vous accueille, ou sa femme, ou les deux ensemble. Pas de cérémonial,
ici vivre semble aller de soi, avec cette légèreté des choses essentielles.
Ici, l’amitié est pudique, les objets avouent aisément des complicités, il s’est fait dans cette maison
comme il paraît une fois pour toutes une pénombre lumineuse, une sorte de bonheur
tranquille et sacré, il faudrait que je m’explique sur ce mot, je n’y puis ici donner place,
prenez, tant pis, cela comme vous l’entendez, peut-être parlerait-il, lui, de bonheur divin.
Enfin, si je raconte cela qui peut sembler folklore d’une visite guidée, c’est qu’il y est question
pour moi de peinture et de la peinture de Jacques Piquery. Que vous fassiez connaissance
avec Piquery puis de sa peinture ou que cela à l’inverse vous advienne, nul dépaysement. Tout
cela est au plus près, je veux dire sa peinture, la peinture de Piquery au plus près de l’homme
Piquery, parce que l’homme Piquery existe de par le peintre Piquery. Ça vous a l’air peut-être
que je parle d’évidence mais regardez un peu ce qui se peint ces temps-ci et dont on nous
assomme, toute cette quincaillerie du grand bazar boursier. Et puis revenez aux toiles de
Piquery. Ce qu’elles nous disent, peut-être ceci : qu’une certaine qualité morale se nourrit des
plaisirs naturels. Une définition possible du sacré ? Et pourquoi non ?

Gilbert RENOUF, Juillet 1995